Faut-il aussi supprimer le portail ?

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TerminatorLa présence d’une médiathèque sur Internet passe le plus souvent par un portail, « porte d'entrée unique sur un large éventail de ressources et de services »  selon la définition de Wikipedia. Mais n’est-il pas illusoire de vouloir imposer un seul moyen d’accès à des publics différents, qui n’ont naturellement pas tous les mêmes besoins ou pratiques ? Pour bien construire un site web, il faut d’abord savoir à qui l’on s’adresse et quels services on veut rendre.

Le premier de ces publics est celui des usagers de la bibliothèque. C’est à lui que s’adressaient les premiers sites, simples accès extérieurs aux fonctionnalités offertes par les postes OPAC :  recherche documentaire, réservations de documents, consultations de comptes, le tout complété par quelques informations pratiques (horaires d’ouvertures, plan d’accès), un calendrier et la présentation d’animations. Cette approche, centrée autour des fonctionnalités traditionnelles des logiciels de gestion de bibliothèques (gestion des collections et circulation des documents) est celle de la plupart des éditeurs de SIGB. Le catalogue et le compte lecteur sont au cœur de l’offre et le système de gestion de contenu permet de personnaliser le site et de promouvoir les collections (coup de cœurs, sélections d’ouvrages) et les événements organisés par la bibliothèque. On peut inclure dans ces usages l’accès aux ressources numériques et aux fonds virtuels.

Les fonds locaux ou patrimoniaux, lorsqu’ils sont remarquables, vont intéresser une population extérieure. Dans ce cas, l’utilisation du catalogue est occasionnelle et n’est possible que si ces collections sont visibles directement par les moteurs de recherche ou, à défaut, référencées dans d’autres bases documentaires (portails thématiques, départementaux, régionaux, etc..)

Ce n’est pas le catalogue, et encore moins la consultation d’un compte, qui va intéresser ceux qui ne fréquentent pas la bibliothèque. Pour eux, le portail doit être conçu comme une vitrine alléchante en proposant un contenu éditorial adapté et des nouveaux services et fonctionnalités, pendants numériques des animations pratiquées dans les locaux.

Dans les collectivités publiques, le portail de la médiathèque doit également être conçu comme une vitrine de l’action de la collectivité pour les administrés, qui sont aussi des électeurs, mais aussi comme un outil de promotion de la collectivité à l’extérieur. Cet aspect du portail relève de la communication institutionnelle et est souvent surveillé de près par les services concernés, car c’est l’image de la collectivité qui est en cause. La bibliothèque est alors dépassée par les enjeux et les choix se font parfois au détriment des fonctionnalités souhaitées par l’établissement pour ses usagers.

Les choses se compliquent avec les bibliothèques départementales qui ne touchent pas le grand public. Le département cherche à promouvoir son action auprès d’une population qui n’en bénéficie que de manière indirecte, par l’intermédiaire d’autres collectivités. J’avais abordé cette question pour DDLL 2.0 dans deux articles : « portail de la DDLL : quels publics ? » et « Pourquoi nous ne referons pas Chermedia »

Faire cohabiter les besoins de tous ces publics dans un même portail devient vite une gageure. Certains trouvent une solution en jouant sur les profils d’utilisateurs pour rendre visible ou cacher des  fonctionnalités, ou encore en construisant des espaces différents à l’intérieur d’un même portail, comme c’est le cas pour les jeunes (BM Fresnes), pour des fonds particuliers  (collections remarquables à Lyon ou Vin et gastronomie à Dijon) ou pour les dépositaires dans une BDP.

D’autres préfèrent des sites séparés selon les publics, comme au pays de Romans avec le site de la médiathèque destiné aux usagers de la bibliothèque et Everitoutheque, dont le statut de blog des bibliothécaires permet de sortir du cadre institutionnel. Il ne s’agit pas simplement de jouer sur l’apparence, ce que permettent les feuilles de style, mais le but est de construire un site différent adapté à un public qui y trouvera les fonctionnalités et le contenu qui le concerne dans une forme qui correspond à ses pratiques.

Pour améliorer leur visibilité ou réputation numérique, et pour toucher chaque public au travers d’outils qui lui sont familiers, certains établissements n’hésitent pas à multiplier les canaux de diffusion. C’est le cas entre autres de la bibliothèque de Limoges qui propose à la fois un site classique, un blog de bibliothécaires, une page sur Facebook et un microblog Twitter. D’autres  développent également une page publique de type Netvibes

Certains internautes ne jurent que par leur page personnelle Netvibes ou iGoogle où ils intègrent le contenu et les fonctionnalités proposées par la bibliothèque, comme la consultation de leur compte, les listes de nouveautés ou la DSI. Ils accèdent directement au catalogue via la barre d’outils de leur navigateur, comme ils le font pour Google, Amazon ou Wikipedia... Ce mode d’utilisation d’Internet sépare le contenu, fourni  par le serveur sous forme de flux XML comme les fils Rss ou Atom pour la syndication de contenu, de la présentation sur le terminal, qui est prise en charge par une application cliente développée pour le type d’appareil utilisé. Ce type de fonctionnement assure une ergonomie de l’interface adaptée au matériel, ce qui est de plus en plus nécessaire avec la diversification des usages de l’internet nomade : téléphones portables, « smartphones »,  « IPods » ou tablettes tactiles de type « Ipad »

Une offre qui multiplie des moyens de diffusion et de communication en fonction des publics remplace de plus en plus le principe d'un seul et même site pour tous..La question de la fin des portails ne se pose pas, elle est en cours. Mais le portail documentaire constitue encore la base de l’offre des SIGB, même si certains proposent des modules permettant une intégration dans un CMS comme le font PMB avec Joomla ou SPIP, ou Koha avec Drupal.

De plus en plus d’éditeurs proposent l’accès aux fonctionnalités de leur portail via des services Web. Ceci devrait permettre à une communauté, un club d’utilisateurs par exemple, ou à une société de service de développer une offre de modules pour CMS, de widgets pour pages personnelles ou de plugins pour la recherche dans le navigateur, indépendamment de celle de l’éditeur. Si l’on arrivait à une normalisation de ces services web, en complément des protocoles existants, ces outils pourraient être utilisés quelque soit le logiciel en place à la bibliothèque. Les bibliothèques pourraient choisir d'un coté leur SIGB en fonction des seuls critères bibliothéconomiques et de l'autre leurs outils de gestion de contenu et de communication en choisissant ce qui se fait de mieux dans ce domaine.

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