Flora devient open source. Et alors ?

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« Logiciel de bibliothèque : (re)naissance open source pour Flora », ce billet paru dans Archimag et une discussion sympathique sur le blog de Lulli autour de son article «Les Opac – Ergonomie 1, Bidouillabilité 0 » m’ont poussé à clarifier mes idées sur l’open source.

Un logiciel Open Source signifie que l’on peut avoir accès aux sources d’un logiciel, donc éventuellement le modifier. C’est très bien, mais pour quoi faire ?

  • Corriger les bugs et disfonctionnements ? N’est-ce pas au fournisseur du logiciel de le faire au titre du contrat de maintenance ? Comme si le contrat d’entretien de votre voiture se résumait à la fourniture des pièces accompagnées d’une clé à molette et d’un tournevis. En tant qu’informaticien, corriger un bug dans un programme sans en connaître la logique est très ingrat.
  • Adapter le logiciel au fonctionnement actuel ou à ses évolutions ? Si le logiciel n’est pas suffisamment souple et adaptable pour vous permettre de le faire sans toucher au code, c’est probablement que vous avez mal choisi. Les SIGB actuels sont plus ou moins paramétrables, mais cette capacité est malheureusement rarement prise en compte au moment du choix..
  • Développer les fonctionnalités manquantes ? Mon article sur la ringardise des SIGB montre que ce manque est réel et tout le monde ne peut pas attendre que les SIGB évoluent. Cependant, si vous devez en arriver là, il vaudrait mieux disposer d’une bonne documentation sur le modèle de données, les API et services WEB disponibles,  et construire à partir de là en évitant de toucher au noyau du logiciel.
  • Bidouiller ? D’après Lulli , « La bidouillabilité (traduction proposée par Tristan Nitot et d’autres pour hackability), c’est la capacité d’un logiciel à être détourné. Un « bon » logiciel est un produit que ses utilisateurs peuvent appliquer à d’autres usages que ceux prévus par son concepteur ». Il s’agit donc d’utiliser à sa manière les fonctionnalités du logiciel pour faire autre chose, mais pas de les modifier. Donc, les sources ne  serviront à rien. Par contre, disposer d’un logiciel avec de multiples points d’entrée, si possible normalisés, peut s’avérer très utile.

Dans Open Source, c’est le mot source qui ne me convaint pas, par contre l’ouverture est primordiale.

A part attraper des maux de tête, je ne saurais pas quoi faire si vous me donniez toutes les sources de BN-Opale+. Par contre, à quoi nous servirait la BNF sans les formats Marc, Z39.50 et les autres standards. Que seraient Google ou Amazon sans les bibliothèques d’API qu’ils proposent.

Ce qui importe, c’est l’accessibilité aux données et à un ensemble de services. C’est le rôle des protocoles et normes de la bibliothéconomie (Z3950, SRU/SRW, OAI, SIP2, ISO ILL,…) qui devraient être un critère de choix important pour un SIGB. Et ce même si vous ne savez pas trop quoi en faire au moment de votre choix. Interfacer un automate de prêt à posteriori est un jeu d’enfant si l’automate et le SIGB utilisent le protocole SIP2.

Le combat devrait être de travailler pour compléter l’offre existante : à quand par exemple un protocole normalisé pour accéder aux données statitistiques.

Rappelons que le sigle ISO signifie aussi bien organisation internationale de standardisation que Interconnexion des Systèmes Ouverts

Ne me faites pas jeter le bébé avec l’eau du bain, je ne condamne pas le mouvement du libre. L’intérêt de ce mouvement est qu’il rétablit souvent un vrai dialogue entre l’utilisateur et le développeur, qui a souvent été confisqué par les commerciaux pour les logiciels propriétaires. Ce qui importe, c’est de savoir qui a le pouvoir chez l’éditeur : le développement, le commercial, le financier, un fonds d'investissement ?

Ne versons pas dans l’angélisme, un logiciel n’est pas bon du seul fait qu’il est libre. Un logiciel open source peut être fermé. Une société de services en logiciel libre peut aussi dialoguer avec les utilisateurs pour des raisons uniquement commerciales.

Ceux qui ont connu IBM il y a une trentaine d'années grincent des dents en voyant cette société se faire le chantre de l'Open Source.

PS : Je ne dis pas tout cela par rapport à Flora que je ne connais pas assez pour pouvoir juger.

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